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OG LOUNIS
Entretien : Angèle Petrelli et Simon Bouillère
Images : Simon Bouillère
Montpellier, décembre 2024
Angèle : C’est quoi ton lien avec Nîmes et Montpellier ?
OGLounis : Je suis né à Nîmes, donc ma première ville c’est Nîmes. C’est là où j’ai passé toute mon adolescence. Montpellier c'est plus la ville où je suis sorti de ma « zone de confort ». C'est là que j'ai découvert plein de nouveaux trucs et où j'ai fait le plus de musique. À Nîmes, il n'y avait pas énormément de studio, enfin il n’y en avait même pas du tout. Je crois que je n’ai jamais enregistré là bas ou alors je ne m'en souviens pas. Montpellier, on va dire que c'est ma ville de musique. Et Nîmes, c'est la ville où j'ai le plus vécu.
A : Nîmes c’est là où tu as commencé à écrire et faire de la musique quand même ?
Ouais de ouf. On a commencé à rapper au collège avec mon zin Greg. Il n'y avait personne d'autre qui rappait dans le petit village où on était. Je pense même que personne d'autre dans l'histoire n’a rappé dans ce village (rires). Au début, on était trois potes à rapper, donc on faisait ça qu’entre nous. Et après, quand je suis allé au lycée à Nîmes, là ça a commencé à s'élargir en parlant avec d'autres mecs qui rappaient.
A : Quand t'es arrivé à Montpellier, comment t’as connecté avec toute la scène ? Par exemple, là on se parle, on est à Piñata Radio, et tu nous parlais beaucoup de LEDOUBLE, donc comment t’as connecté avec tous ces rappeurs et ces équipes-là ?
Je suis allé vivre à Montpellier juste après le bac, je faisais beaucoup de son dans mon coin. Je faisais quelques open mic mais sans rencontrer forcément des gens. Je connaissais un mec qui s'appelait Selug, c'était mon zin depuis un long moment. Il a fait un son avec un mec qui s'appelle Deelee S il y a longtemps. Et Deelee S un jour il partage un truc de LEDOUBLE. Du coup je vais sur sa page et je vois qu’il est de Montpellier. Je le suis, il me suit et après on a discuté, mais moi je n’étais plus à Montpellier à ce moment-là. Ça veut dire toute la période où j'étais à Montpellier, j'ai rencontré personne et une fois que je pars, là je rencontre LEDOUBLE. Après, il m’a fait rencontrer tout son entourage et voilà.
Simon : Il y a une espèce de revival de la scène montpelliéraine, tu la connaissais déjà un peu ?
Au départ, je ne connaissais pas trop la scène montpelliéraine, même pas du tout, à part Ateyaba. Et le truc que tout le monde se rappelle tout le temps c’est Set&Match, mais j’écoutais pas vraiment…
S : Ce n’est pas grave si t’es pas un grand auditeur de Set&Match… (rires)
Ouais, personne ne va me le reprocher (rires). Mais même un Sameer Ahmad, je l’ai découvert peut-être l’année dernière. Je n’ai pas senti de revival, mais après, à mon échelle, j’ai senti qu’il y avait une énergie commune autour de moi et surtout je me sens bien avec mes gens.
S : Tu disais tout à l’heure que ton entourage est assez éclectique, assez couteau suisse. Il y a des rappeurs, des beatmakers, des DJs ?
Franchement, c’est pas une grande équipe de fou, mais il y a un mec pour tout et il y a des mecs qui font aussi plusieurs trucs. Par exemple, là, on peut sortir un projet avec que des prods faites par des zins d’ici, des clips faits par des zins d’ici, ou de Marseille. Et maintenant on peut même sortir des sapes avec la marque HoodPlace de notre zin Reda.
A : Il y a pas longtemps t’as fait un morceau avec LEDOUBLE qui s’appelle « MTP Anthem », c’est une référence à Ateyaba on est d’accord ?
Clairement. À la base, j’avais une autre idée de titre pour pas exactement reprendre « MTP Anthem », parce que j’étais en mode « on se prend pour qui ? ». Mais en fait c’est plus un s/o qu’autre chose. Ce son, on l’a fait pendant l’été 2024. On savait qu’on avait le Grünt festival, on savait qu’il y allait avoir des scènes, donc on s’est dit « vas y gros, vient on fait un morceau concert » pour représenter à fond. Évidement Guy a fait la prod.
A : De base quand t’écris, tu ne penses pas à la scène ?
Honnêtement, jamais. Déjà je ne pensais pas faire de la scène un jour en fait, j’ai toujours eu du mal à me projeter en terme de popularité on va dire. Genre je me suis jamais dit « vas y, le prochain projet va grave parler aux gens, les gens vont écouter etc ». J’suis toujours en mode bon je l’envoie, ça ne va pas marcher. Mais je m’en fous tant que ça me plaît, ça plaît à mes zins. Avec « MTP Anthem » qui est fait pour la scène, c’est un bon exemple de faire tout de A à Z. La prod c’est Guy, les couplets, c’est moi et LEDOUBLE, le clip c’est LOGLEEK, les zins de Marseille, dans le clip on porte les sappes HoodPlace, donc c’est aussi pour ça, on l’a appelé « MTP Anthem » parce que c’est nous. Comme on va le défendre sur scène dans d’autres villes, c’est lourd.
S : Cette énergie qui se retranscrit dans le son et l’énergie que vous vivez dans ce groupe, j’ai l’impression qu’elle est vectrice aussi d’une façon commune de rapper. J’ai l’impression de faire des ponts entre ta façon de rapper et la façon de rapper de LEDOUBLE. Comment s’est venu cette façon que vous avez de rapper ou comment toi tu la définies ?
Quand je découvre LEDOUBLE, je suis loin de la trap. J’étais pas dans son délire de base, mais quand il m’a fait écouter sa musique, j’ai capté direct, ça m’a plu. Et pareil pour lui. À force de traîner ensemble, je pense qu’on s’est influencé nous deux. Ça fait que maintenant on partage plein de trucs en gardant aussi notre identité. Aussi, depuis cette année, on a quasiment vécu tous les moments importants ensemble. Ma première scène à La Boule noire, on était ensemble. Grünt, on était ensemble avec tous les zins. On a un socle commun et en même temps on a nos personnalités.
S : Vous écoutez les mêmes choses tous les deux ?
Ouais on va avoir un peu les mêmes goûts, mais desfois je lui dis « gros, j’ai grave kiffé ça », il va me dire « c’est éteint de ouf ». Parfois on se pose, on écoute plus de trucs qu’on fait de son. On découvre Toothpick, on kiffe de fou tous les deux. On voulait en parler partout. Tu vois GAL, mon zin, je le connais depuis grave longtemps et là je le présente à LEDOUBLE et il tombe grave dedans. Donc c’est ça aussi, on découvre des choses ensemble.
S : Est-ce que t’as l’impression de faire un rap du Sud ?
Je pense que c’est trop tôt encore pour qu’on ait vraiment notre son. Même dans les lyrics . Je pense c’est le temps qui fait ça. Mais quand même, la petite particularité que je retrouve chez nous c’est la décontraction et l’ouverture. C’est comme ça que je le vois.
S : Tout à l’heure tu parlais du fait que tu commences à mettre le nez dans la prod, à quel point t’es juste là à écrire ou alors maintenant t’as envie d’intervenir ?
Avant LOUNISVSLESDOUTES, j’avais sorti des projets avec mon pote Greg, c’était des prods de YouTube, on se concentrait que sur notre rap. On avait quand même un goût pour les prods, on ne prenait pas la première prod venue. Mais à partir de LOUNISVSLES DOUTES, on va se pencher sur le truc de mieux choisir les prods, essayer de raconter un truc avec ça aussi. Je me suis toujours intéressé à la production, comment les mecs produisent et tout, et la seule difficulté ça a été de m’y mettre. Maintenant, à force de trainer avec Guy, je regarde des beatmakers qui expliquent comment ils travaillent. Quand j’écoute les projets, je regarde qui a produit quoi et j’ai des préférences entre les beatmakers, je sais les reconnaître. Guy m’a appris à produire, c’est lui qui m’a montré que c’était quelque chose d’accessible. Et sinon j’ai toujours parlé avec les beatmakers avec qui je bosse en mode. Avoir leur vision des choses, c’est important, j’ai envie de savoir pourquoi il a fait ça, pourquoi on pouvait pas faire ça…
A : Cette année t’as sorti un EP commun avec Guydelafonsdal, OGLOUNISDELAFONSDAL, comment elle s’est faite ?
Avant ça, je crois que j’ai pas sorti de sons avec Guy, là c’est les premières fois où je posais sur ses prods. Le délire c’est d’être au studio, de faire la prod et de faire le texte en même temps. J’étais en études en Espagne, j’avais sorti LOUNISVSLESDOUTES et Guy me dit « cette année je vais essayer chaque mois de sortir une tape avec un artiste comme ça je me fais un peu plus voir et je peux placer d’autres mecs ». Il m’a envoyé des prods et on a fait ça en deux semaines. C’est la première fois qu’on faisait ça à distance, mais c’est passé crème. Ce qui est cool, c’est que je lui envoie mes voix dégueulasses, j’ai pas de complexe, il les réarrange. Et surtout, ce que je kiffe avec ce mec, c’est qu’il a une vraie science de l’arrangement, je kiffe tous ses choix. Par exemple l’outro la prod je la trouve folle, je la trouve magnifique et bizarre. Alors que quand il me l’avait envoyé, je kiffais pas de ouf, je savais pas quoi faire dessus, mais il m’a motivé à y aller. J’étais ému quand je l’ai posé carrément.
S : Et c’est là où ça devient intéressant : être avec des gars comme ça qui vont faire le projet de A à Z avec toi, tu vas comprendre ce qu’est l’organisation d’un morceau, faire un refrain…
C’est ça de fou, capter une ambiance. Cette année j’ai même moins rappé qu’avant, mais je me suis beaucoup plus plongé dans la musique. J’en ai beaucoup plus écouté aussi. Maintenant j’ai l’impression de plus connaître la musique dans sa globalité.
A : Ça se ressent dans ta musique, ça je trouve, parce que même là, récemment sur Soundcloud, t’as sorti un son sur une instru de FKJ, et j’ai trouvé ça très stylé qu’un rappeur pose sur du FKJ.
Ouais, c’est un mec que j’écoute depuis longtemps. À chaque fois que j’étais avec un beatmaker, je disais « gros, t’aimerais pas sampler FKJ ? » et les mecs ils étaient pas chauds, donc on l’a jamais fait. Donc j’ai choisi un de ses sons que je kiffais, je l’ai pris tel quel et j’ai rappé dessus, c’était lourd.
S : Je voulais revenir sur l’outro, parce que sur l’EP c’est le morceau qui a retenu grave mon attention. Ça se voit que c’est un morceau plus construit, moins freestyle, où tu te livres, c’est un morceau très introspectif. Comment t’en viens à faire un morceau comme ça ?
Ça a toujours été en moi ce truc d’impudeur dans la musique, alors que dans la vie je suis quelqu’un de vraiment très pudique. Quand j’ai drop ce projet j’étais tarpin fier, et après quand j’ai du les jouer sur scène et tout, j’étais content mais j’avais aussi envie d’envoyer une autre énergie. J’ai envie d’être plus léger aussi. J’ai envie de renvoyer des émotions positives et pas que la gamberge. Il faut que j’arrive à le faire avec parcimonie, sinon c’est trop et ça me tue.
S : C’est la prod qui t’inspire telle ou telle émotion ? T’écris sans les prods ou avec les prods ?
Non, c’est plutôt sur le moment. Généralement j’écris avec les prods et là, l’outro de Guy je l’ai reçu et sur le moment j’étais dans cette gamberge dans ma vie et du coup c’est sorti comme ça. Donc c’est d’abord la vie qui m’inspire dans quelle émotion je vais être dans un son.
A : D’où le nom de ta prochaine mixtape, non ? HARD LATEBACKING BEFORE GAMBERGE ? Je ne sais pas si c’est le nom officiel ?
Officiellement, il n’y aura pas le « gamberge ». Je la vois comme un sas de décompression. Là, j’ai juste pris des prods que je kiffais de fou, des prods de Mani Deïz, une prod de Drapsag ?, une prod de Skunk. J’ai ramené mon zin GAL. C’est un projet pour dire que là je suis décontracté. La suite sera peut-être un peu plus introspective. C’est un projet un peu en bordel mais les deux prochains seront plus construits.
S : Tout à l’heure je te demandais si tu définissais ta musique comme une musique relative au Sud, et là, dans le projet t’as une prod de Mani Deïz. Mani c’est « l’anti-sud » non ? (rires)
Clairement, mais en fait, j’ai grandi avec ça aussi. Au tout début, je commençais, j’écoutais Jul et tout ça, mais le truc qui m’a vraiment passionné, c’est quand je suis tombé sur du rap parisien. Et au final, ce sont les prods boom bap qui me parlent le plus, surtout celles de Mani Deïz. Il m’a envoyé son pack, il devait y avoir cent prods, et tous les soirs avant de dormir, je les écoutais, j’étais comme un fou. Je pense qu’on peut utiliser cette esthétique et la ramener dans le Sud aussi. En fait c’est aussi dur pour moi de se dire « là je vais essayer de représenter cette zone ». Dans ma vie, je ne me suis jamais dit « je vais représenter ça », j’ai toujours eu du mal avec ça.
S : Pour continuer d’explorer cette filiation avec Paris votre équipe me rappelle évidemment l’ambiance d’il y a 10-15 ans avec L’Entourage. C’est des gars que vous avez écouté ?
Complètement, quand je te disais que j’ai commencé avec Jul, Gradur et tout, c'était à cette époque-là. Après je suis arrivé sur les freestyles. C'est des freestyles qui m’ont giflé. Je me souviens que sur mon tel j’avais téléchargé genre tous les freestyles de Nekfeu qui existent. Chaque apparition au micro de Nekfeu je la connaissais. Carrément avec Greg, quand on a commencé, c’était en mode on se clashait, ça a commencé à rajouter une prod et après on se clashait plus on rappait. Ensuite je découvre Grünt. Ce qui m’a mis au rap, ce qui m’a mis vraiment en mode passionné, c’est les mecs de l’Entourage. Ça fait partie des inspirations, maintenant on s’en détache en grandissant même si cette année ça a fait un truc avec Hologram Lo’ donc on était comme des fous avec LEDOUBLE.
A : On parlait beaucoup de ton côté introspectif visible dans la tape avec Guydelafonsdal, dans ta musique et dans ta vie c’est quoi la place du doute ?
L’introspection, le doute c’est positif dans le sens où ça te permet de toujours te demander « pourquoi je fais ça ? Pourquoi j’ai fait ça ? Pourquoi je vais faire ça ? ». C’est mon moyen d’avancer et ça peut aussi me freiner parce que tu vas être sûr d’un truc, puis le lendemain tu réécoutes tu te dis « c’est éteint ». Mais bon, je pense que sur le long terme c’est quand même bénéfique, ça fait le tri dans les trucs superflus, tu gardes que l’essentiel, les trucs qui sont importants pour toi.
S : Du coup, le format de prédilection du moment c’est l’EP, est-ce qu’aller plus loin c’est faire un format plus conséquent ?
Je sais qu’un jour je vais faire un album et ce sera le truc où je me prendrais le plus la tête. Là je ne me sens pas prêt à me mettre dans ça. Je me dis plus j’avance, plus je connaîtrai de trucs, mieux sera mon album. Faire des EP ça me permet d’occuper les mois qui viennent. Je pense que je n’ai pas encore sorti de truc qui me représente à 100 %. J’ai l’impression de toujours être dans une phase de tests. Et aussi, j’ai pas encore de projet vraiment pérenne de fou. Même si mon projet OGLOUNISVSLESDOUTES vit encore bien, il y a encore des gens qui m’en parlent. Je ne suis pas encore satisfait par un projet où je vais me dire « lui là c’est bon et j’ai envie d’être représenté par ça à 100% ».
A : Tu fais tes armes aussi en étant invité sur la Cœur Tape ? Comment ça s’est passé ?
Ça part de Matthias, un mec que j’ai connu sur Soundcloud. Pour la petite histoire, je télécharge Soundcloud, je sais plus en quelle année… Et je crois que dans les premiers sons que j’écoute, il y avait du Matthias. Parce que ce mec avait grave de stream sur Soundcloud, donc c’était dans les sons recommandés par l’algorithme. C’est ce mec un peu qui m’a fait découvrir Soundcloud. En l’écoutant, j’ai capté la plateforme, j’ai capté un peu l’ambiance, j’ai capté un peu comment étaient les mecs de cette bulle. Ça m’a ouvert un monde et après j’ai sorti des sons sur Soundcloud et je pense que la toute première base de mon public vient de là parce que j’ai des sons qui ont marché sur Soundcloud. Bref, du coup je télécharge Soundcloud, j’écoute Matthias et tout, et peut-être un ou deux ans après, on a connecté et on a commencé à faire du son ensemble. Et cette année, il est venu nous voir, LEDOUBLE et moi, il nous a dit « les gars, projet pour soutenir la Palestine est-ce que vous seriez chauds d’y participer ? ». Forcément, j’étais chaud dans le principe, ça me faisait plaisir de rajouter cette touche, d’en dire un peu plus de moi. Je n’imaginais pas toucher des gens, avoir de l’impact, et du coup tu ne penses pas à dire des trucs importants et ton propos ne parle que de toi, de ton nombril. Du coup quand Matthias me dit ça, je me suis dit « c’est lourd ». Après il nous a expliqué plus en détails le but de la tape. L’accent a été porté sur un mec en particulier pour l’aider lui et sa famille. Moi j’ai trouvé ça utile. Après ça a été critiqué vite fait. Enfin je dis ça, il y a un mec qui a fait une story, en mode « ouais ça sélectionne un mec en particulier pour l’aider selon sa situation… » Pour moi, dans tous les cas, ça reste un geste positif, et ça m’a fait plaisir de le faire. Derrière ils ont fait des concerts, ils étaient impliqués. Le truc a été posté en distribution pour que tout soit bien réparti. Franchement félicitations à lui. En fait je n’avais rien à faire à part envoyer mon son. Il nous a facilité le truc.
S : J’ai l’impression que Soundcloud, depuis le début, c’est une plateforme permettant beaucoup de liberté pour les créateurs…
Les sons que j'ai sortis sur Soundcloud, ceux qui ont le plus marché, c'est ceux où j’suis le plus impudique, où je suis le plus cash on va dire. Les mecs dans les commentaires disent « ouais, incroyable, ça m'a touché de ouf… », t'as l'impression qu’ils te comprennent de ouf, il n’y a pas tout le formatage. Ils écoutent que des sons bizarres mal mixés donc tu sais, ils ont un rapport beaucoup plus instinctif avec ce qu’ils écoutent.
A : Concernant la tape qui arrive, tout à l’heure tu disais que Mani Deïz t’avait envoyé un pack de prods, mais au départ comment la connexion s’est faite avec lui ?
Toutes les connexions se font par message, que ça vienne d’un côté ou de l’autre. Pour Mani Deïz, il a d’abord connu mon pote GAL, tout est lié. Ils ont fait du son ensemble, GAL lui a fait écouter des sons à moi, puis Mani m'a envoyé des messages en me disant qu’il avait kiffé mes sons. Un jour je mets une story Insta avec mon mail pour les prods et Mani me réponds direct « tiens je t'envoie 2 milliards de prods ».
S : En parlant de connexions, récemment Sameer Ahmad t’as mentionné en story. Toi c’est quelqu’un que t’as écouté et que t’as déjà rencontré ?
Non, je ne l'ai pas encore rencontré, et comme je disais tout à l'heure, ce n’est pas un mec que j’ai spécialement écouté dans ma construction. Je ne me suis pas construit en mode « rap de Montpellier, Sameer Ahmad… ». Je l’ai découvert peut-être il y a un an et demi et je kiffe rétroactivement. Là par exemple, depuis trois-quatre semaines, j’écoute grave son projet « La vie est bien faite ».
A : Comment a commencé l’élaboration de ta tape qui va sortir ? Tu disais que t’avais fait tout le projet avec DrapSag, en off.
En gros, juste on a fait l'intro « un type normal » et tu vois dedans je suis en mode egotrip et du coup ça m'a donné envie d’envoyer un projet comme ça avant la suite qui le sera moins. Dans les arrangements dans le pré-mix on fait tout ensemble, même s'il n'a pas produit les autres tracks, il m'aide à sortir les maquettes. Moi je les lui envoie, et il me dit les modifications qu’il va faire. C’est un kiff de le faire à deux, je fais rarement les trucs tout seul.
A : Tout à l’heure, on parlait de la suite, tu nous parlais de Jonnhy Ola. Vous voulez bosser un EP commun du début à la fin ?
Ouais, c'est ça. Je ne me souviens plus comment on a fait ça, je crois qu’il m'a envoyé un pack, ensuite j'ai fait deux sons sur ses prods, c'était uniquement des drumless, et le reste s’est enchaîné petit à petit. Pareil, Jonnhy Ola a vraiment le sens du détail, rien n'est laissé au hasard, tout est lié, alors que jusqu'ici je n'ai fait que des trucs qui marchent ensemble « accidentellement ».
S : Là pareil c’est fait à distance ? Tu fais tes voix de ton côté ?
Sur les quatre tracks qu'on a pour l'instant j'en ai fait trois chez moi et une avec lui. Et les autres tracks qu'on a faites ensemble je kiffais pas trop… Pour le coup, quand je dois me livrer un peu et tout, c'est mieux que je le fasse chez moi, parce qu'écrire au studio c'est un peu dur pour moi. Si c'est en mode banger, c'est cool d’être au studio avec d’autres gens parce que je fais des blagues, des punchlines… Mais si je dois me livrer, faut que je me pose un peu pour réfléchir.
A : Et est-ce que pour la mixtape HARD LATEBACKING BEFORE… t’as prévu des visuels ?
Pour celle-là non. La cover c'est ma pote Stakih qui l'a faite. Elle l’a faite comme ça, en un soir. Je ne voulais pas me prendre la tête, parce qu’en étant en Espagne c'est dur de rentrer pour faire un clip, sachant que je ne suis pas rentré depuis septembre…
A : Cette année, à part le projet avec Guydelafonsdal, on t’a pas mal vu en featuring. T’apparais sur CHAVIDELAFONSDAL, sur LEDOUBLEDELAFONSDAL… T’apparais souvent en guest, donc on voulait savoir : la dimension collective du rap c’est un truc qui t’anime ?
Faire les choses tout seul, ça ne me fait pas forcément kiffer. Parfois c'est lourd, mais surtout je kiffe parler de son, avoir les avis des potes, leur vision des choses et tout. Et puis chaque scène on y va à plusieurs et tout, c'est tout le temps mieux en groupe, la vérité.
S : Et même quand tu ne sortais rien, tu continuais à écrire et à faire de la musique ?
Oui grave et surtout à en écouter de ouf, et à essayer de faire des prods nulles (rires). Mais ouais, je faisais toujours de la musique, je n’avais juste pas envie de sortir de son. Je voulais prendre mon temps parce que j'avais l'impression d'avoir sorti trop de morceaux. Après LOUNISVSLESDOUTES, j'ai sorti d'autres trucs, que ce soit avec LEDOUBLE ou avec Guy. Et c’est là je me suis dit « bon là je ne sors plus rien, je prends mon temps » et naturellement je n’ai plus rien sorti. J'étais juste en kiff de la musique. J'ai plus découvert le rap US aussi. Voilà ce que j’ai fait quand je ne sortais rien.
S : Comme tu étudies en Espagne, je me demandais si par hasard, t'aimerais te connecter avec des artistes de là-bas ?
Je ne sais pas, parce que je n’ai jamais écouté des feats US/FR. Ou même par exemple à l’époque dans Lyonzon il y avait un mec qui rappait en italien, ça me rendait fou tout le temps, j'avais l'impression que ça niquait la dynamique. En fait j’aime bien être soit dans le rap FR soit dans une autre langue ; le mélange de langues ça ne me touche pas… Peut-être qu’avec le temps je vais changer d'avis.
A : Vu que là t’as sorti un morceau sur une prod de FKJ, est-ce que ça pourrait te tenter de rapper sur d’autres types de prods, autre que du rap ?
Ce qui me fait kiffer dans FKJ c'est sa vision à lui, c'est comment il utilise ses instruments et tout. Je kifferai faire un truc avec lui. J'avais regardé une interview sur Clique, déjà j’ai découvert qu'il était français ! J'étais choqué, et le journaliste lui demandait s’il voulait faire des trucs dans le rap FR, et il a répondu « oui, il y a des trucs qui arrivent », mais rien n’est sorti encore. Donc, il avait l'air d’être chaud donc peut-être qu’avec le temps… Mais en attendant on va le sampler (rires).
A : Un mot de la fin ? Si tu veux rajouter des trucs, n'hésite pas !
Peut-être juste un truc ! Avec Greg, on prépare un projet, mais aussi surtout, on prévoit de jouer dans le sud. On va sortir un projet avant l’été 2025 si tout se passe bien, une grosse mixtape avec plein de titres. Format plus long, mais bazar. Mais voilà juste on espère jouer plus dans le sud.